Actualité

Interview Edgar Morin. La Poste. Paris. 1é juin 2015

Actualité

 » Créer c’est résister !  » : 25 mesures prioritaires pour des Jours Heureux

Le mouvement #LesJoursHeureux a pris l’initiative de réunir les 24 et 25 janvier dernier 40 organisations et mouvements de la société civile qui se sont positionnés sur 25 mesures susceptibles de permettre un réel basculement vers une société plus juste, écologique et solidaire.  Tous ont souhaité questionner les candidats à la Présidentielle pour connaître leur position sur ces 25 mesures. Voici à ce jour leurs  réponses.

17953022_1464394000294994_1604842883690629881_n

 

 

 

Edgar Morin : « Chacun est une parcelle d’une aventure gigantesque commencée à la préhistoire » dans Reporterre le 16 février 2017

arton11480-f9232

 

 

 

 

 

A l’occasion d’une interview pour Reporterre, Edgar Morin est largement revenu sur l’Appel « Changeons de Voie ».

Bonne lecture !

Un bel hommage par le poète Vincent Avanzi

logo_final-03

 

 

 

A l’occasion d’un événement des Jours Heureux, Vincent Avanzi, poète sur la réinvention de demain et fondateur d’Une Odyssée Humaine – La Plume Du Futur » a déclamé un très beau poème en hommage à l’Appel Changeons de Voie, intitulé « Chantons la Voie, Dansons la Vie »

Voici la vidéo de ce moment magnifique en clôture de la table ronde qui réunissait Christiane Hessel, Cyril Dion, Anne-Marie Thomazeau et Claude Alphandéry.

Vous pouvez également retrouver le texte du poème en question.

Belle lecture et / ou visionnage.. 🙂

Edgar Morin est ce mardi 31 janvier au Théâtre du Rond Point pour le Festival

« Nos disques sont rayés – Quinze jours sur les blocages français« 

Morin 31 janvier (1)Morin 31 janvier (2)

« Et nous vivrons des jours heureux »

100 auteurs, 120 actions immédiates pour résister et créer.
Préface de Claude Alphandéry, Christiane Hessel et Edgar Morin.

et-nous-vivrons-des-jours-heureux-2Ce “pacte” propose des solutions concrètes autour des grands enjeux afin d’inspirer à tous des transformations profondes.

100 auteurs, 120 actions immédiates pour résister et créer.

“Les Jours heureux”, c’est l’intitulé du programme adopté à l’unanimité en mars 1944 par le Conseil national de la Résistance, alors que la France est encore sous occupation nazie. Ce programme, qui a permis de bâtir une société plus juste, plus libre, plus solidaire, a inspiré cet ouvrage qui veut tracer, selon l’expression d’Edgar Morin, une “voie” pour un avenir plus apaisé et désirable. Car si aujourd’hui la France n’est plus occupée, 3,8 millions de personnes sont mal logées, 8,5 millions vivent dans la pauvreté, 6,5 millions sont inscrites à Pôle emploi et 12,3% des salariés ont un emploi précaire. Et si notre pays n’est pas en guerre sur son sol, il contribue à la destruction massive du climat et de la biodiversité, des périls aussi mortels qu’un véritable conflit. Aussi, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, jamais ne se sont manifestées autant de craintes pour l’avenir et de désillusions vis-à-vis des pouvoirs politiques. Invités par un collectif de citoyens constitué fin 2015 dans le Vercors, des auteurs – environ une centaine – ont rédigé des diagnostics assortis de principes de lois, dans l’esprit de bâtir une société démocratique remplaçant la compétition par la coopération, l’aliénation ps la liberté, la démesure par la sobriété et le mal-être par le bien-vivre.

Sont notamment abordés dans ce “pacte” – avec, chaque fois, des propositions concrètes – les grands enjeux que sont l’emploi et le travail, les inégalités et la pauvreté, la protection sociale, la transition écologique, énergétique et agricole, le logement, l’éducation, la santé et la justice, la reprise en main de la finance et ce qui conditionne le tout : l’exigence d’un renouveau démocratique.

Afin d’inspirer à tous des transformations profondes et pour qu’aux “Nuits debout” succèdent des jours heureux, ce pacte sera soumis aux candidats et aux candidates de la prochaine élection présidentielle et mis en débat dans l’ensemble du pays.

Congrès Mondial pour la Pensée Complexe

8 et 9 décembre 2016 – UNESCO, PARIS

La Commission Nationale  Française pour l’UNESCO, organise avec l’Association pour la pensée complexe et le Ministère de l’Education nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche un Congrès mondial consacré à Edgar Morin et à la pensée complexe. Le Congrès mondial pour la pensée complexe a pour mission  d’associer tous  ceux qui s’attachent à développer la prise de conscience des problèmes vitaux et globaux que rencontre l’humanité  sur notre  planète ; prise de conscience à laquelle fait aujourd’hui  obstacle la prépondérance de la pensée unilatérale, réductrice, fragmentée, manichéenne. Ce Congrès va revêtir une grande importance, bien sûr du fait  de la présence  d’Edgar Morin. Il aura pour objectif de mieux appréhender la complexité des grands problèmes mondiaux,  mettant  en péril la  survie de l’individu,  de la nature  et de la société.

> voir le programme

Participation d’Edgar Morin à C Polémique sur France 5

« Les citoyens prennent le pouvoir »

> voir l’émission

Tribune dans Le Monde

« Humanisons le transhumanisme ! », par Edgar Morin
Le catastrophisme et le transhumanisme constituent les deux futurs antagonistes de notre humanité. Mais ne tombons pas dans les illusions de « l’homme augmenté », estime le sociologue.

Les moteurs couplés qui propulsent le vaisseau spatial Terre  science/technique/économie ont déjà commencé à préparer deux futurs antinomiques et pourtant inséparés.

L’un est catastrophique, l’autre est euphorique.

Le processus catastrophique, non certain, mais probable, est ainsi prévisible :
– poursuite de la dégradation de la biosphère, comportant déforestations massives, réduction de la biodiversité, réchauffement climatique, destruction de la fertilité des sols sous l’effet de l’agriculture et de l’élevage industrialisés, pollutions multiples et, par conséquent, dégradations des conditions de vie humaine, sous l’effet de consommations malsaines, d’émanations toxiques, de migrations massives ;

– poursuite d’une économie mondialisée vouée à une croissance aveugle sur ses conséquences, dominée par la finance spéculative, sujette à dérégulation et crises ;

– poursuite de la multiplication et miniaturisation des armes nucléaires et des armes toxiques, et conditions de conflictualité aggravées ;

– poursuite des crises de civilisation occidentale et traditionnelles, et aggravation des angoisses et désespérances qui alimentent les régressions politiques, les régressions mentales, les nihilismes, et fanatismes ;

– poursuite du somnambulisme des dirigeants politiques et économiques concentrés sur l’immédiat et disposant d’une pensée binaire incapable de percevoir et de concevoir la complexité du réel ;

– poursuite du règne des experts au savoir compartimenté et unilatéral et de l’impuissance du monde intellectuel à appréhender les problèmes vitaux de l’humanité.

Révolution de l’être biologique

Tous ces processus sont voués à s’entremêler, s’entre-renforcer et produire des conflits et, ou, des catastrophes en chaîne.

Toutefois, parallèlement le triple moteur science/technique/économie a déjà commencé à révolutionner l’être biologique et l’être social de l’humanité. En fait le transhumanisme, comme le catastrophisme, a déjà commencé.

Tout d’abord, la possibilité d’allonger la durée de vie individuelle sans vieillissement est déjà envisagée, aussi bien par l’utilisation (encore incontrôlée) des cellules souches, des organes artificiels et sous la surveillance des médecines prédictives.

En second, la possibilité que les robots et machines intelligentes effectuent toutes taches pénibles, ennuyeuses, de sécurité, est également envisageable. Nous avons déjà même des robots de compagnie pour soulager les besoins affectifs.

En troisième lieu, la colonisation d’autres planètes, perspective plus lointaine, est déjà envisageable avec la préparation d’une première colonie pilote sur Mars. L’histoire de l’humanité ayant toujours été incroyable à partir de l’émergence d’Homo sapiens, on ne peut exclure ce qu’ont imaginé les sciences-fictions, la violation de l’espace-temps par une nouvelle découverte.

Toutefois ces trois perspectives sont parasitées par trois mythes ou illusions ainsi qu’une grande ignorance.

Créations inattendues

Le premier mythe est celui de l’immortalité par rajeunissement indéfini et infini. Or, vu leur aptitude à l’acquisition de défenses et aux mutations, il semble bien que bactéries et virus ne puissent être liquidés et menaceront sans cesse les vies humaines. Les risques inéliminables d’accidents énormes, d’explosions et d’attentats massifs disloqueraient irrémédiablement les corps.
De toute façon, notre Soleil mourra, entraînant dans sa mort toute vie sur Terre. Et comme il est hautement probable que notre Univers mourra de dispersion, l’immortalité humaine est un rêve dément que les religions ont sagement placé au ciel.

Le thème de l’homme augmenté, qui est celui du transhumanisme, est une illusion purement technocratique par son caractère quantitatif. Il est dans la ligne de la philosophie politico-économique dominante, qui concentre toute connaissance dans le calcul et met tout progrès dans la croissance.

L’immortalité est conçue non comme acquisition d’une sagesse à la limite quasi divine, mais comme quantité de vie infinie (la vraie sagesse est dans la formule de Rita Levi-Montalcini : « Donnez de la vie à vos jours plutôt que des jours à votre vie. ») Le vrai progrès serait dans l’homme amélioré, non dans l’homme augmenté. L’humain a un besoin majeur d’amélioration intellectuelle, morale, affective.

SI NOUS NOUS COMPORTONS COMME DES MACHINES TRIVIALES DANS LE MÉTRO-BOULOT-DODO, NOUS POUVONS NOUS COMPORTER DE FAÇON INATTENDUE, Y COMPRIS DANS LE MÉTRO ET LE BOULOT

La troisième illusion, elle prospère aujourd’hui dans la croyance, fortifiée par le big data, en l’algorithmisation de la vie humaine et sociale. Déjà l’esprit techno-éconocrate est persuadé qu’il connaît l’humain, la société, le monde par le calcul, ignorant ce que le calcul ignore : la souffrance, le bonheur, le malheur, la joie, ce qui fait notre humanité. L’idée d’algorithmisation généralisée suppose que tout est contrôlable et prédictible par le calcul.

Il suppose que l’être humain et la société sont des machines déterministes triviales, dont on peut connaître les output, autrement dit les comportements, quand on connaît les input, autrement dit les programmes. Or, si nous nous comportons comme des machines triviales dans le métro-boulot-dodo, nous pouvons nous comporter de façon inattendue, y compris dans le métro et le boulot.

Sauvegarder les vertus du cœur et de l’âme

Toutes les grandes transformations sont venues de créations inattendues, depuis les messages de Bouddha, Jésus, Mohamed, jusqu’à Marx et Deng Xiaoping. De même que la révolution française, ni la révolution d’Octobre, ni l’accession d’Hitler au pouvoir, n’étaient programmées ni prévisibles, de même étaient imprévues les conversions de Péguy et Claudel au christianisme, celles d’Aragon et d’Eluard au communisme, la conversion de l’aristocrate anglais Philby à l’espionnage pour le compte de l’Union soviétique, ou la défection du soviétique Kravtchenko. Aucune grande découverte ou théorie scientifique, à commencer par celle de l’amateur Darwin, n’était prévisible, aucune grande œuvre d’art ne pouvait être prévue à l’avance par le calculateur le plus avisé.
La révolution transhumaniste n’est nullement un fantasme, mais elle est gangrenée dès son début par des leurres majeurs.

Enfin, le transhumanisme ignore que son développement coïncidera avec le développement de forces de chaos et de catastrophes. Ou bien il sera emporté dans une grande régression due aux catastrophes, ou bien il sera isolé dans des réserves protégées et blindées pour une élite du pouvoir et de la richesse, tandis que le monde autour s’effondrerait. Ainsi le transhumanisme deviendra inhumain.

Mais de toute façon, s’il n’est pas trop tard pour changer de voie et en même temps humaniser le transhumanisme, c’est-à-dire non seulement sauvegarder les vertus du cœur et de l’âme, mais lui donner un grand supplément du cœur, d’âme, une pensée qui soit complexe. Comment changer de voie pour minimiser les catastrophes et humaniser le transhumanisme sans une grande et profonde réforme intellectuelle et morale ? Comment sauver l’humanité tant qu’on ne saurait réguler la science, la technique, l’économie ?

Edgar Morin, directeur de recherche émérite au CNRS, a récemment fait paraître Pour une crisologie (L’Herne, 2016) et Sur l’esthétique (Robert Laffont, 2016).

> en savoir plus